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Info FM, Lucas Hernandez : « Devenir champion du monde a changé ma vie »

Foot Mercato : Cela fait environ trois mois que avez été sacré champion du Monde. Arrivez-vous à réaliser ?

Lucas Hernandez : Oui, c'est vrai que ça fait déjà trois mois. Je pense qu'on ne réalise pas encore tout à fait ce qu'on a réalisé pendant cette Coupe du monde. Plus le temps va passer, plus on se rendra compte de ce qui s'est vraiment passé.

FM : Didier Deschamps a dit que désormais vos vies allaient changer. En quoi votre vie a-t-elle changé ?

L.H : Ma vie a changé en tout. Elle a changé dans le regard des gens, dans le quotidien. Mes coéquipiers et les gens en général me disent qu'ils sont avec un champion du Monde. Donc c'est vrai que ça a changé. Mais c'est surtout dans le regard des gens, c'est là que je sens la différence entre être un champion du monde et un joueur en plus. Devenir champion du monde a changé ma vie.

FM : Pensez-vous avoir un autre statut à présent ?

L.H : Oui, je pense qu'en étant champions du monde, le statut des vingt-trois joueurs a changé. On est champions du monde donc je pense que tous les clubs veulent avoir des champions du monde dans leur effectif.

FM : Ce titre et ces semaines passées ensemble, ça va tous vous lier à vie.

L.H : Oui, bien sûr. Je pense que le groupe WhatsApp qu'on a avec les joueurs qui ont joué la Coupe du monde va rester à vie dans nos téléphones. Je pense que dans dix, quinze, vingt, trente, quarante ans, on se reverra et on parlera toujours des souvenirs que nous avons partagés.

FM : Une Ligue Europa, une Coupe du Monde et un bébé, on peut dire que 2018 est la plus belle année de votre vie ...

L.H : C'est vrai que je n'avais jamais imaginé que j'allais avoir tout ça. C'est quelque chose d'énorme d'être champion du monde et devenir papa pour la première fois quinze jours après. C'est incroyable. Mon fils, quand il sera un peu plus grand et qu'il se rendra compte de tout, il saura qu'il est né la même année où je suis devenu champion du monde.

FM : Devenir père, est-ce que ça vous a changé en tant que footballeur ?

L.H : Oui, bien sûr. Ça, c'est ce qui m'a changé le plus. Maintenant, je ne pense plus qu'à moi. Tout ce que je fais ça va être pour lui. Ma vision de la vie et des choses a changé. C'est tout pour lui. Toutes les décisions, tout ce que je vais faire ce sera pour lui.

FM : On le sait, vous avez été courtisé par l'Espagne mais vous avez finalement opté pour les Bleus. Avec le recul, ça a été le bon choix

L.H : Tout le monde sait qu'il y a eu ce petit truc avec l'Espagne l'année avant que je choisisse la France. J'ai fait un très bon choix parce que je suis champion du monde avec la France et j'ai ramené cette deuxième étoile sur le maillot ici (il montre avec le sourire les deux étoiles sur le maillot de l'équipe de France, ndlr).

Une ascension fulgurante en équipe de France

FM : Vous avez eu des échanges avec Didier Deschamps, qui vous a convaincu de rejoindre la France. Quelle relation avez-vous avec lui ?

L.H : J'ai une très bonne relation avec le sélectionneur. C'est un très bon coach. C'est un entraîneur proche de ses joueurs, il sait très bien gérer un groupe. Il a été footballeur aussi. Il a vécu ces longues périodes où on est vingt-trois joueurs tout le temps ensemble pendant un mois et demi, deux mois. Lui, en tant que footballeur, il a vécu ça. C'est pour ça qu'il arrive à aussi bien gérer le groupe. Il a su être sérieux quand il fallait l'être, il a su nous laisser du temps libre quand il fallait nous en laisser. C'est ça qui a fait la différence dans ce groupe avec ce coach.

FM : Vous êtes arrivé en sélection avec on le pensait le statut de doublure de Benjamin Mendy. Est-ce que dès le début vous pensiez à aller chercher plus ? Quand avez-vous senti que vous passiez devant lui dans la hiérarchie ?

L.H : Oui, bien sûr. Comme j'ai déjà pu le dire lors d'autres interviews, dans ma tête je me disais que j'étais la doublure de Benjamin Mendy. Mais je savais que je n'allais rien lâcher. Alors aux entraînements, lors des matches avant la coupe du Monde, j'ai tout donné. Ensuite, le coach a fait son choix de me mettre titulaire et j'ai eu la joie de remporter la coupe du monde. (...) Quand le coach m'a mis titulaire lors du premier match du Mondial (contre l'Australie) et qu'il a mis Benjamin Mendy sur le banc, c'est là que je me suis vraiment rendu compte que le sélectionneur avait décidé de me mettre titulaire. Pour ne pas le décevoir, je savais que ce serait mon match, qu'il fallait que je donne tout. C'est ce que j'ai fait. À partir de là, à chaque match j'essayais de tout donner.

FM : Il y a encore quelques mois, vous n'étiez pas en équipe de France. Tout est allé très vite pour vous. Avez-vous conscience du chemin parcouru ?

L.H : Non. Je crois que je suis le joueur pour lequel c'est allé le plus vite car je suis arrivé il y a six mois en équipe de France. Et six mois après, je suis champion du monde. Tout est allé très vite. Ce sera une anecdote que je raconterai toute ma vie. Deux mois avant de donner la liste pour le Mondial, je n'étais même pas pris dans l'équipe. Il m'avait pris une fois pour faire les matches contre la Colombie et la Russie (mars 2018 ; ndlr). La liste suivante était celle pour la Coupe du Monde. C'est énorme.

FM : Quand avez-vous su que l'équipe de France irait au bout du Mondial ?

L.H : Je pense que c'était lors du match face à l'Argentine (1/8e de finale). C'est le match qui a fait la différence. On menait au début du match, puis ils ont égalisé à 1-1. Puis ils sont passés devant nous en début de deuxième mi-temps, à 2-1. Quand j'ai vu l'équipe retourner le match et gagner ce match 4 à 3, là je me suis dit après la rencontre qu'on pouvait faire ce qu'on voulait. Et nous ce qu'on voulait faire, c'était aller chercher cette Coupe du monde.

FM : Vous voyez-vous devenir un leader dans cette équipe de France à l'avenir ?

L.H : Pourquoi pas. J'espère. Mais je sais quel est mon rôle, quel est mon chemin. Je vais continuer à me battre et à lutter pour continuer sur ce chemin.

FM : Est-ce qu'aller chercher l'Euro dans 2 ans est déjà dans un coin de votre tête ?

L.H : Oui, c'est dans un coin de ma tête. Mais je ne l'imagine même pas parce que dans le foot ça va tellement vite que tu ne peux t'imaginer être à l'Euro ou pas. Il y a six mois, je n'étais même pas là et six mois après je suis là. L'inverse peut se passer. Je vais continuer à travailler tous les jours et essayer d'atteindre l'équipe de France quand la liste sortira.

FM : Lundi, il y a eu la liste pour le Ballon d'Or hier. À qui le donneriez-vous ?

L.H : Je pense que vous le savez (sourire). Je pense qu'Antoine Griezmann a fait une année exceptionnelle durant laquelle il a été élu meilleur joueur à chaque titre. Antoine mérite de gagner le Ballon d'Or cette année.

FM : À chacune de ses interviews, il parle beaucoup de ce Ballon d'Or. On a l'impression que ça l'obsède.

L.H : Non, il n'est pas obsédé par le Ballon d'Or. Mais c'est vrai qu'il a envie. Ce serait incroyable pour lui, pour le club, pour la France. Vingt ans après, ce serait un Français qui gagnerait le Ballon d'Or. Mais si ce n'est pas lui, je pense que ce sera un Français parce que cette année ça doit être un Français qui doit le gagner. J'espère que ce sera Antoine. Mais si ce n'est pas lui, je serais content si c'est un joueur français.

Faire une longue carrière à l'Atlético de Madrid

FM : Vous évoluez à l'Atlético de Madrid avec Antoine Griezmann justement. Comment avez-vous géré l'après-Mondial et le retour avec les Colchoneros ?

L.H : C'est passé vite parce qu'on a eu à peine vingt jours de vacances. On a repris l'entraînement et je dois avouer qu'on avait toujours la tête à la Coupe du Monde. Avec Antoine, on parlait encore de ça. Mais quand on a joué cette Supercoupe d'Europe contre le Real Madrid, tout s'est remis en place dans nos têtes et on s'est dit que la Coupe du monde était passée, qu'il fallait se concentrer sur notre club et faire les efforts pour essayer d'aller le plus loin possible en Ligue des Champions comme en championnat.

FM : Vous avez prolongé à l'Atlético cet été. Vous voyez-vous faire une très longue carrière là-bas ?

L.H : J'espère. C'est mon objectif. Après dans le foot, ça va très vite et on ne sais jamais. Moi, mon objectif est d'essayer de faire une très grande carrière à l'Atlético de Madrid. Mais on ne sait jamais, il y aura peut-être d'autres offres qui seront plus intéressantes pour ma famille et moi et qui feront qu'on sera obligé de partir. Mais mon principal objectif est de rester à l'Atlético et de grandir encore footballistiquement là-bas.

FM : Thomas Lemar vous a rejoint cet été à Madrid. Si vous aviez le choix, quel autre joueur de l'équipe de France recruteriez-vous à l'Atlético et pourquoi ?

L.H : Si j'étais recruteur, je prendrais toute l'équipe de France (rire). Je pense que le joueur qui serait vraiment bien là-bas, ce serait N'Golo Kanté. Son style de jeu, sa façon de jouer, je pense que ce serait le joueur idéal pour nous à Madrid.

FM : Cristiano Ronaldo a quitté la Liga cet été. Que vous inspire son départ du Real Madrid ? Est-ce que la Casa Blanca s'affaiblit selon vous ?

L.H : Je ne pense pas que le Real Madrid soit plus faible. Mais le Real Madrid et tous les supporters du Real Madrid ne pensaient pas que Cristiano Ronaldo partirait de là-bas. Je pense que ça a été un coup dur. Mais c'est le Real Madrid, ils vont se relever parce que c'est l'un des meilleurs clubs du monde.

FM : Votre frère Theo appartient justement au Real Madrid où il a vécu une saison compliquée l'an dernier. Comment l'avez-vous senti ?

L.H : C'est vrai que ça a été une année très compliquée pour lui car il a à peine joué. Cette année, il a décidé de rejoindre la Real Sociedad (il est en prêt, ndlr) pour avoir plus de temps de jeu, pour se sentir footballeur. Je crois que c'est le bon choix parce qu'il va grandir individuellement pour pouvoir revenir l'année prochaine au Real Madrid en étant un vrai joueur de foot.

FM : Comment a-t-il vécu votre sacre de champion du monde ?

L.H : Il était content et surtout très fier de me voir gagner cette Coupe du Monde. Il m'a envoyé plein de messages pendant le Mondial. Le joueur de la finale, il était presque en larmes avec toute cette joie. Ma famille et lui, tous étaient hyper contents.